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Passages couverts Paris : la balade sous les verrières

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Passages couverts Paris : la balade sous les verrières

Les passages couverts de Paris sont des galeries marchandes percées au XIXe siècle à travers les îlots de la rive droite, sous des verrières. Une promenade à pied relie les plus beaux, de la galerie Véro-Dodat au passage Verdeau, en une demi-journée et gratuitement, avec un crochet possible par le passage du Grand-Cerf.

Des galeries marchandes nées avant les grands boulevards

Un passage couvert est une voie piétonne qui traverse un pâté d’immeubles d’une rue à l’autre, bordée de boutiques et coiffée d’une verrière. Le plus souvent privée, elle vit du va-et-vient du public : des commerçants au sec, à l’abri des voitures, et un propriétaire qui loue chaque arcade.

Le passage des Panoramas compte parmi les tout premiers. Son nom vient des deux panoramas de 1799, ces rotondes où le public venait admirer d’immenses toiles peintes en cercle, construites au fond d’un ancien hôtel particulier. La notice Mérimée du ministère de la Culture date le passage de 1800 et signale son agrandissement de 1834, quand l’architecte Jean-Louis Gisard lui greffe les galeries Saint-Marc, des Variétés, Feydeau et Montmartre.

Les passages couverts parisiens se multiplient ensuite au cours des années 1820. Les notices de la base POP, la plateforme patrimoniale du ministère, alignent les dates :

  • la galerie Vivienne, construite en 1823 sur les plans de F.-J. Delannoy, d’abord appelée galerie Marchoux, du nom du notaire qui la commande, puis rebaptisée en 1825 ;
  • le passage du Grand-Cerf, qui prend en 1825 son aspect actuel sur le terrain d’une hôtellerie célèbre avant la Révolution ;
  • la galerie Colbert, bâtie en 1826 par l’architecte J. Billaud pour rivaliser avec sa voisine ;
  • la galerie Véro-Dodat, ouverte la même année par deux charcutiers, Benoît Véro et Dodat ;
  • le passage Choiseul, ouvert en 1827 par une banque au terme d’une opération immobilière, sous la conduite des architectes François Mazois puis Antoine Tavernier ;
  • le passage Brady, inauguré en 1828 et d’abord occupé par des magasins de vêtements.

Une dernière génération arrive en 1845 avec les passages Jouffroy et Verdeau, dans le prolongement des Panoramas, de l’autre côté du boulevard Montmartre.

Boulevards percés, puis protection tardive

Le Second Empire renverse la tendance. Les percées d’Haussmann ouvrent de larges avenues à travers les quartiers, et les grands magasins captent la clientèle des galeries marchandes, résume la notice Wikipédia consacrée aux passages. Le passage Brady en porte la trace : le percement du boulevard de Strasbourg, en 1854, a emporté sa partie centrale et sa rotonde, selon la base Mérimée. La galerie Vivienne, désaffectée à la même époque, a été menacée plusieurs fois de démolition.

La plupart des passages ont disparu. Les survivants doivent beaucoup à leur inscription au titre des monuments historiques. La galerie Véro-Dodat est la première du parcours inscrite, par un arrêté du 9 juin 1965, puis un arrêté du 7 juillet 1974 inscrit d’un même geste Vivienne, Colbert, Choiseul, les Panoramas, Jouffroy et Verdeau. Le Grand-Cerf suit le 14 novembre 1985, le passage Brady le 7 mars 2002.

La galerie Colbert résume ce destin à elle seule. Inscrite en 1974, détruite en 1975, elle a été reconstruite à l’identique en 1985 par l’architecte Adrien Blanchet pour le compte de la Bibliothèque nationale, à laquelle l’État l’a affectée, d’après sa notice.

Verrière d’un passage couvert parisien vue en contre-plongée sous une lumière zénithale

La promenade à pied, de Véro-Dodat au passage Verdeau

Le parcours classique file du sud au nord, du quartier du Louvre aux Grands Boulevards, à cheval sur les 1er, 2e et 9e arrondissements. Les adresses des notices Mérimée le confirment : la sortie d’un passage tombe presque toujours à quelques pas de l’entrée du suivant. Cette promenade à pied tient en une demi-journée, pauses comprises.

  1. La galerie Véro-Dodat, entre la rue Jean-Jacques-Rousseau et la rue du Bouloi. Remontez ensuite vers le jardin du Palais-Royal et traversez-le du sud au nord.
  2. La galerie Vivienne, dont une entrée donne au 4 rue des Petits-Champs, avec des sorties rue Vivienne et rue de la Banque.
  3. La galerie Colbert, sa voisine immédiate, au 6 rue des Petits-Champs ou au 2 rue Vivienne.
  4. Le passage Choiseul, en suivant la rue des Petits-Champs vers l’ouest jusqu’au numéro 40 ; il débouche au nord sur la rue Saint-Augustin.
  5. Le passage des Panoramas, à prendre par son entrée de la rue Saint-Marc pour ressortir sur le boulevard Montmartre.
  6. Le passage Jouffroy, juste en face, de l’autre côté du boulevard.
  7. Le passage Verdeau, dans l’axe, de la rue de la Grange-Batelière à la rue du Faubourg-Montmartre.

Le sens sud-nord garde pour la fin les passages de 1845 et vous dépose sur les Grands Boulevards, où l’après-midi se prolonge sans effort. Pour enchaîner le lendemain sur un autre secteur, notre guide pour visiter Paris par quartier compare le Marais, Montmartre ou Saint-Germain-des-Prés.

Sous les verrières : le décor à ne pas manquer

La balade des passages se joue autant au-dessus de votre tête qu’au niveau des vitrines. Chaque galerie a sa signature.

Verrières, rotondes et charpentes de fer

  • La galerie Vivienne se distingue par sa rotonde vitrée, coiffée d’une coupole de verre, et par un décor de ferronnerie que la notice Mérimée met en avant, jusqu’à l’escalier à rampe en fer forgé du numéro 13, protégé avec la galerie.
  • La galerie Véro-Dodat alterne trois verrières et des plafonds stuqués, ornés de toiles marouflées, en un rythme d’ombre et de lumière unique sur le parcours.
  • Le passage Choiseul joue la sobriété, avec des arcades entresolées surmontées d’un étage sous verrière et des murs simplement enduits.
  • Le passage Jouffroy passe pour le premier passage parisien entièrement construit en métal et en verre, et le premier chauffé par le sol, d’après sa notice encyclopédique.

En fin de matinée, la lumière tombe presque à la verticale et dessine au sol l’ombre des armatures. Par temps gris, elle devient laiteuse, idéale pour lire les corniches des passages de Paris les plus étroits.

Sol en mosaïque ancienne à motifs géométriques dans une galerie couverte

Sols, horloges et devantures

Baissez ensuite les yeux. La galerie Vivienne déroule un sol de mosaïques à motifs géométriques, la galerie Véro-Dodat un carrelage noir et blanc posé en diagonale qui allonge la perspective, et le passage Jouffroy un pavage en carrés blancs, gris et noirs. Dans ce dernier, une horloge ornée de stucs surplombe la galerie, et quelques marches rattrapent une différence de niveau après un coude à angle droit.

La galerie Véro-Dodat réserve une autre surprise : deux statues en pied occupent des niches, un Hermès tenant son caducée et un satyre au repos, selon la notice Wikipédia du passage. La notice Mérimée y décrit une « enfilade de boutiques aux devantures richement travaillées, surmontées d’un attique occupé par des logements », et rappelle que l’ornementation puise dans le thème du commerce.

Les boutiques anciennes forment le dernier niveau de lecture. Aux Panoramas, un arrêté de 2009 protège l’intérieur de l’ancienne boutique d’un graveur. Ailleurs, des commerces de livres, d’estampes, de jouets ou d’objets de collection entretiennent l’esprit des lieux derrière leurs vitrines en bois.

Pour la photo, visez le matin, avant l’arrivée des groupes : notre sélection des plus beaux endroits de Paris pour faire des photos détaille les meilleurs créneaux pour la galerie Vivienne et les Panoramas.

Le Grand-Cerf et la boucle du Sentier

À l’est du parcours principal, le passage du Grand-Cerf mérite le détour. Il relie la rue Saint-Denis à la rue Dussoubs, dans le 2e arrondissement, et sa notice Mérimée le résume en une phrase : « Son décor est simple, mais sa hauteur inusitée. » Des tirants et des passerelles métalliques soulignent la légèreté de sa structure et lui donnent, toujours selon la notice, un aspect très pittoresque.

Son nom rappelle la célèbre hôtellerie qui occupait les lieux avant la Révolution. Inscrit dans son intégralité au titre des monuments historiques le 14 novembre 1985, ce passage couvert se traverse vite, mais sa haute nef de verre mérite un arrêt, tête levée.

La Ville de Paris cite aussi, dans sa propre sélection, deux voisins plus discrets, les passages du Bourg-l’Abbé et du Caire, ce dernier niché dans le Sentier, le quartier historique de la confection.

Pour intégrer cette boucle, commencez par elle : la rue Étienne-Marcel, toute proche, vous ramène ensuite vers l’ouest et la galerie Véro-Dodat.

Promeneur vu de dos dans une galerie aux devantures en bois patiné

Horaires des passages couverts à Paris : grilles, dimanche et jours de pluie

Un passage n’est pas une rue. Les notices Mérimée classent la plupart en propriété privée, souvent en copropriété, tandis que la galerie Colbert appartient à l’État. Chaque propriétaire fixe donc ses horaires d’ouverture, et des grilles ferment les entrées en dehors de ces plages.

Un exemple précis : selon la page des horaires et accès de l’Institut national d’histoire de l’art, installé dans la galerie Colbert, celle-ci ouvre du lundi au samedi, de 8 h à 20 h, avec un contrôle de sécurité aux entrées et un refus des grandes valises. Ailleurs, les horaires varient d’une galerie à l’autre : vérifiez-les avant de partir, surtout un dimanche ou un jour férié.

Quelques repères pour choisir votre créneau :

  • en semaine, en fin de matinée, les boutiques ouvrent et les galeries restent calmes ;
  • le samedi, l’ambiance monte d’un cran, surtout dans les passages des Grands Boulevards ;
  • le dimanche, une grille ouverte ne garantit pas des vitrines ouvertes ;
  • le soir, la plupart des entrées se ferment, et mieux vaut terminer le parcours avant la nuit.

Les jours de pluie, ces galeries couvertes deviennent un refuge tout trouvé. La traversée ne coûte rien et l’essentiel du trajet se fait à l’abri, hors des tronçons de rue entre deux passages. Pour compléter l’après-midi sans dépenser, les musées gratuits de Paris prennent le relais.

Visite guidée ou balade en solo ?

Les passages se visitent librement, et la balade en solo reste la formule la plus souple. Vous choisissez l’heure, le sens du parcours et le temps passé devant chaque vitrine, sans rien débourser. Son défaut : sans clés de lecture, l’escalier du numéro 13 de la galerie Vivienne ou l’ancienne boutique protégée des Panoramas passent facilement inaperçus.

Une visite guidée apporte le récit qui manque aux vitrines : notaires, banquiers et spéculateurs fondateurs, faillites, démolitions évitées de justesse. Vérifiez que l’intervenant détient la carte professionnelle de guide-conférencier, encadrée par l’article L. 221-1 du code du tourisme : elle atteste d’une formation universitaire spécialisée.

Pour trancher, trois cas de figure :

  • photographier des galeries vides : partez seul, à l’ouverture ;
  • comprendre chaque façade, des architectes aux propriétaires : le guide s’impose ;
  • marcher avec des enfants : un parcours libre et court, des Panoramas à Verdeau, garde leur attention.

Les formats existants sont comparés dans notre sélection de visites guidées insolites à Paris, et notre enquête sur l’Office de tourisme de Paris indique où s’informer avant de réserver.

Prochaine étape : choisissez un matin de semaine, entrez dans la galerie Véro-Dodat à l’heure d’ouverture et suivez la lumière des verrières jusqu’au passage Verdeau. La rue du Faubourg-Montmartre, à la sortie, offre de quoi déjeuner.

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