Visiter le cimetière du Père-Lachaise : plan et tombes

Visiter le cimetière du Père-Lachaise ne coûte rien : l’accès reste libre tous les jours, dès 8 heures en semaine. Comptez deux heures trente pour traverser ce parc de 44 hectares découpé en 97 divisions numérotées, de Molière à Jim Morrison. Un plan pris à l’entrée, de bonnes chaussures, et le parcours se déroule seul.
Avant de pousser la grille : horaires, portes, plan
Le Père-Lachaise n’est pas un musée, c’est un cimetière en activité qui reçoit encore des inhumations. Sa fréquentation dépasse pourtant 3,5 millions de visiteurs par an selon la Ville de Paris, ce qui en fait la nécropole la plus visitée au monde. Trois détails pratiques conditionnent la réussite de la visite : l’heure, la porte et le plan.
Des horaires qui basculent deux fois par an
L’ouverture suit le rythme des saisons. De la mi-mars au début novembre, les grilles s’ouvrent à 8 heures du lundi au vendredi, à 8 h 30 le samedi, à 9 heures les dimanches et jours fériés, pour une fermeture à 18 heures. Le reste de l’année, la fermeture recule à 17 h 30, avec les mêmes heures d’ouverture matinales. La Ville de Paris applique ce calendrier à l’ensemble de ses cimetières.
Le dernier quart d’heure sert à l’évacuation : les gardiens sifflent et remontent les allées, personne ne traîne. Arriver une heure avant la fermeture revient à sacrifier la moitié du parcours. Le créneau le plus confortable reste le matin, en semaine, quand les cars de touristes n’ont pas encore déversé leurs groupes vers les sépultures vedettes.
Le week-end change l’ambiance sans la gâcher : les allées se remplissent de Parisiens en promenade, pas seulement de visiteurs étrangers. Le dimanche matin, entre 9 heures et 11 heures, reste praticable. C’est l’après-midi, entre 14 et 16 heures, que les divisions 6 et 89 saturent.
Cinq portes, un choix qui change tout
Le terrain est une colline. Choisir sa porte, c’est choisir entre monter et descendre.
- Porte principale, boulevard de Ménilmontant : l’entrée historique, dessinée par l’architecte Étienne-Hippolyte Godde et inaugurée en 1825. Elle donne sur l’avenue principale et sur le bureau de la conservation. Vous démarrez en bas, vous grimpez.
- Porte Gambetta, à l’est, près de la station du même nom : vous entrez par le haut du cimetière, à proximité immédiate du columbarium. La visite se fait en descente, jambes reposées.
- Porte des Amandiers, porte du Repos et porte de la Réunion complètent l’accès sur les flancs, utiles pour rejoindre une division précise sans traverser tout le domaine.
Côté transports, les stations Père Lachaise et Philippe Auguste (ligne 2), Alexandre Dumas (ligne 2) et Gambetta (ligne 3) encadrent le cimetière. Les bus 61 et 69 longent les murs d’enceinte.
Le plan, premier réflexe
Les sépultures sont réparties dans 97 divisions numérotées, indiquées par des plaques aux carrefours des allées. Sans ce repère, chercher une tombe précise dans 44 hectares d’allées sinueuses relève du hasard. Un plan gratuit est distribué au bureau de la conservation, près de la porte principale : il liste les divisions, les personnalités les plus demandées et les points d’eau.
Le tracé, hérité d’un jardin à l’anglaise, n’a rien d’une grille orthogonale. Les allées serpentent, se croisent en biais, montent en lacets. Deux tombes séparées de trente mètres à vol d’oiseau peuvent demander cinq minutes de marche. Repérez d’abord les grands axes, l’avenue principale et le chemin du Dragon, avant de plonger dans les divisions.

Deux siècles d’histoire sous les marronniers
Comprendre le lieu change la visite. Ce cimetière n’a pas toujours été prestigieux : il a d’abord été un échec commercial, sauvé par une opération de communication qui reste un cas d’école.
Un jardin à l’anglaise devenu nécropole
Le domaine tire son nom du père François d’Aix de La Chaise, confesseur de Louis XIV, qui y résidait au XVIIe siècle. Après l’interdiction des inhumations intra-muros, la Ville confie le projet à l’architecte néoclassique Alexandre-Théodore Brongniart, qui dessine un jardin paysager aux allées accidentées, planté d’essences variées. Le cimetière ouvre le 21 mai 1804.
Le démarrage est calamiteux. Le terrain, situé hors les murs, dans un quartier populaire de l’est, ne séduit personne : 13 tombes seulement la première année, 44 en 1805, 62 en 1807. Les familles bourgeoises préfèrent d’autres nécropoles, jugées mieux fréquentées. Le Père-Lachaise reste une colline vide plantée d’arbres.
Le coup de génie de 1817
L’administration change de méthode et fait venir des morts célèbres. En 1817, les restes supposés de Molière et de Jean de La Fontaine sont transférés dans la division 25, ceux d’Héloïse et Abélard, les amants médiévaux, dans la division 7, sous un monument néogothique spectaculaire.
L’effet est immédiat. Reposer près des grands hommes devient un argument, les concessions s’arrachent, le cimetière s’étend par vagues successives. Le domaine passe de 17 hectares à ses 43,93 hectares actuels, qui accueillent aujourd’hui 75 393 tombes et près de 4 000 arbres, d’après les données de la Ville de Paris. Plusieurs monuments et le site lui-même sont protégés au titre des monuments historiques depuis les années 1980.
Le mur des Fédérés
Contre le mur d’enceinte, à l’est, une plaque sobre marque l’endroit où 147 fédérés de la Commune furent fusillés en mai 1871, au terme de la Semaine sanglante, puis jetés dans une fosse commune ouverte au pied du mur. Le mur des Fédérés est devenu un lieu de mémoire du mouvement ouvrier, où des rassemblements se tiennent chaque printemps.
Autour, les monuments aux victimes des camps de déportation forment un ensemble mémoriel dense, souvent ignoré des visiteurs pressés d’atteindre les tombes de célébrités. Prenez dix minutes : c’est la partie du cimetière qui raconte le mieux l’histoire politique de Paris.
Les tombes qui attirent le monde entier
Le Père-Lachaise compte plusieurs centaines de personnalités inhumées. Quatre ou cinq sépultures concentrent l’essentiel des flux, mais les plus belles surprises se nichent souvent dans l’allée d’à côté.
Les écrivains
Honoré de Balzac repose dans la division 48, sous un buste de bronze qui domine une dalle sobre. Marcel Proust est enterré dans la division 85, dans une tombe familiale de granit noir d’un dépouillement total, à l’opposé du monument grandiloquent attendu pour un tel auteur.
Oscar Wilde occupe la division 89, sous l’un des tombeaux les plus sculptés du cimetière : un sphinx ailé taillé par Jacob Epstein dans un bloc de pierre de vingt tonnes, commandé en 1908 et achevé en 1914. Le monument a longtemps été couvert de baisers au rouge à lèvres, dont les corps gras attaquaient la pierre. Une vitre de protection a été installée en 2011.
La littérature française occupe une bonne part des allées hautes et basses : Guillaume Apollinaire, Gérard de Nerval, Alfred de Musset et son saule, Colette, dont la dalle noire reçoit encore des fleurs. Chercher ces sépultures une par une, plan en main, transforme la promenade en enquête. C’est la meilleure façon de sortir des quatre tombes que tout le monde photographie et de découvrir la sculpture funéraire du XIXe siècle, angelots pleureurs, colonnes brisées, portes entrouvertes taillées dans le marbre.
Les musiciens
Frédéric Chopin dort dans la division 11, sous une muse éplorée, la tombe la plus fleurie du cimetière : le compositeur y repose sans son cœur, transporté à Varsovie selon ses dernières volontés. Édith Piaf partage la sépulture familiale des Gassion, division 97, à deux pas de la porte Gambetta.
Jim Morrison, mort à Paris en juillet 1971, est inhumé dans la division 6. La tombe, longtemps saccagée par les pèlerinages du culte rock, est aujourd’hui protégée par une barrière et régulièrement surveillée. Le buste installé en 1981 a été volé sept ans plus tard, jamais retrouvé.
Les statues à rituel
La division 92 abrite le gisant de Victor Noir, jeune journaliste tué par un cousin de Napoléon III en 1870. La statue de bronze sculptée par Jules Dalou, d’un réalisme troublant, fait l’objet d’une superstition de fertilité qui a poli certaines parties du bronze jusqu’à l’éclat.
Plus loin, le dolmen d’Allan Kardec, fondateur du spiritisme, reste couvert de fleurs toute l’année. Ces sépultures à rituel disent quelque chose du lieu : le Père-Lachaise fonctionne autant comme un musée de sculpture funéraire du XIXe siècle que comme un panthéon populaire.

Trois parcours selon le temps dont vous disposez
Le cimetière se prête à des visites de durées très différentes. Calez le parcours sur le temps réel, pas sur l’ambition.
Une heure : le bas du cimetière
Entrez par la porte principale, boulevard de Ménilmontant. Les divisions les plus anciennes sont là, à quelques minutes de marche.
- Division 7 : Héloïse et Abélard, sous leur dais néogothique.
- Division 6 : Jim Morrison.
- Division 11 : Chopin.
- Division 25 : Molière et La Fontaine, côte à côte.
Ce circuit court reste plat ou légèrement montant, praticable avec des enfants ou une poussette sur les allées principales.
Deux heures trente : la traversée complète
Le parcours le plus logique remonte l’avenue principale depuis la porte principale, poursuit vers Balzac (48), rejoint Proust (85), puis Oscar Wilde (89) et Édith Piaf (97) avant de ressortir par la porte Gambetta. Vous montez, mais vous ne redescendez jamais pour rien.
Prévoyez de l’eau en été : les points d’eau existent, ils ne sont pas fléchés partout. Le dénivelé est réel, environ trois kilomètres de marche sur pavés inégaux.
Une demi-journée : les parties délaissées
Au-delà des vedettes, ajoutez le mur des Fédérés, les monuments de la déportation, le Monument aux morts d’Albert Bartholomé installé sur l’avenue principale à la fin du XIXe siècle, et les divisions hautes, où les tombeaux d’industriels du Second Empire rivalisent de chapelles néogothiques. C’est là que le cimetière devient un musée à ciel ouvert, et que les allées se vident.

Le columbarium, la part la moins fréquentée
Le crématorium du Père-Lachaise, dessiné par l’architecte Jean-Camille Formigé dans un style néo-byzantin, a accueilli la première crémation officielle en France le 30 janvier 1889, deux ans après la loi de 1887 sur la liberté des funérailles. Sa coupole et ses briques rouges tranchent avec la pierre grise du reste du domaine.
Sous le bâtiment, le columbarium déploie 26 600 cases réparties sur cinq niveaux, dont deux en sous-sol. Les galeries souterraines, silencieuses et fraîches, offrent l’ambiance la plus singulière du cimetière. Peu de visiteurs y descendent, alors que l’entrée est libre aux mêmes horaires.
L’endroit se rejoint en trois minutes depuis la porte Gambetta. Beaucoup de plaques y sont anonymes, quelques-unes portent des noms d’artistes du XXe siècle : la logique n’est pas celle du pèlerinage, plutôt celle d’une architecture à traverser lentement.

Visiter juste, sans faux pas
Un cimetière en activité impose une tenue et un comportement. Les inhumations se déroulent en semaine, parfois à quelques allées d’un groupe de touristes.
- Chaussures fermées obligatoires en pratique : pavés disjoints, racines, pente continue. Les semelles lisses glissent après la pluie.
- Photographiez discrètement, jamais une cérémonie en cours, jamais au flash à proximité d’une famille.
- Le vélo, les pique-niques et les jeux de piste bruyants n’ont pas leur place : la conservation rappelle régulièrement ces règles à l’entrée.
- Baissez la voix dans les divisions récentes, où les sépultures sont entretenues par des proches vivants.
La question de l’accessibilité mérite d’être posée avant de venir. Les grandes avenues sont goudronnées et roulantes, mais les chemins secondaires restent pavés, bombés, souvent en pente forte. Une personne à mobilité réduite gagne à entrer par la porte Gambetta, plus proche du plateau, et à s’en tenir aux axes principaux. Les poussettes passent sur l’avenue principale et l’avenue circulaire, beaucoup moins dans les divisions anciennes, où les tombes se touchent presque et où les allées se réduisent à un passage d’homme entre deux dalles.
La meilleure saison ? L’automne, quand les 4 000 arbres virent au roux et que la brume s’accroche aux chapelles. L’hiver offre des allées presque vides, mais des journées courtes. L’été, venez tôt : la colline chauffe et l’ombre manque sur les divisions hautes.
Pour approfondir, des associations et des guides indépendants organisent des parcours thématiques, dans la lignée des visites guidées insolites de Paris. Certains opérateurs fonctionnent au pourboire, comme les visites guidées gratuites de la capitale : un guide raconte les sépultures, l’entrée du cimetière reste libre. Les amateurs d’images trouveront ici l’un des terrains les plus graphiques de la ville, à ranger avec les plus beaux spots photo de Paris.
La sortie par la porte Gambetta ouvre directement sur le 20e arrondissement, ses ruelles pavées et la Campagne à Paris, détaillée dans notre guide des quartiers secrets à découvrir. Une journée entière tient debout en enchaînant le cimetière le matin et l’un des musées gratuits de Paris l’après-midi, sans dépenser un euro d’entrée.
Prochaine étape : bloquez un mardi ou un jeudi matin, entrez par la porte principale vers 9 heures, récupérez le plan des divisions et remontez l’avenue principale. Deux heures trente plus tard, vous ressortirez par Gambetta, en haut de la colline, avec l’est parisien à vos pieds.